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L’ APPEL À AGIR sur les fonts Baptismaux

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Libreville, le 28 février 2019 APPEL À AGIR

Libreville, le 28 février 2019
Depuis plus de quatre (4) mois, notre pays est l’otage d’une imposture sans précédent. Malgré cela, on nous demande de continuer à faire comme si de rien n’était. Depuis quatre (4) mois, on nous demande de nous taire et de faire comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mesdames et Messieurs, Depuis le 24 octobre 2018, au mépris total des dispositions constitutionnelles et dans le silence complice des institutions,
un groupe de compatriotes exerce frauduleusement le pouvoir suprême. Cet état de fait traduit une triple réalité : la
déliquescence totale de l’appareil d’État, la mise à mort de la République et la négation de la démocratie. Inédite dans
l’histoire de notre pays, cette situation est inacceptable. Aucun Gabonais ne doit la laisser prospérer.

En effet, le 14 novembre 2018, pour éviter de constater la vacance de pouvoir, les neuf (9) juges constitutionnels, dans une
décision de triste mémoire, se sont autorisés à ajouter un alinéa à l’article 13 de la Constitution, créant la notion
d’indisponibilité temporaire, sans en préciser la durée, alors que l’intérim consécutif à la vacance ou à un empêchement définitif ne peut excéder 60 jours. L’histoire retiendra que c’est ce 14 novembre que la Cour Constitutionnelle, présidée parMarie-Madeleine MBORANTSOUO, a pris la décision de sortir le Gabon de l’ordre constitutionnel, ouvrant ainsi la voie à une usurpation du pouvoir d’État que nul ne peut plus contester.

On relève, en effet, que sortant totalement de son rôle, la présidente de la Cour constitutionnelle apparaît désormais comme le véritable détenteur du pouvoir exécutif, n’hésitant plus à s’associer aux actes de gestion courante de l’État ou à
se poser en clef de voûte des institutions.

Les faits parlent d’eux-mêmes:
Dans la parution du 02 décembre 2018 du principal hebdomadaire africain d’information, les Gabonais ont
découvert à la Une et sur plusieurs pages une opération de communication politique de la présidente de la Cour Constitutionnelle ; Le 04 décembre 2018, chacun a pu s’étonner de la voir conduire à Rabat au Maroc une délégation comprenant le vice-président de la République et le Premier ministre.

Au lendemain de l’élection du Bureau de l’Assemblée Nationale, l’opinion n’a pas manqué de s’étonner de l’audience qu’elle a accordée au Président nouvellement élu. Du jamais vu en République. Le 15 janvier dernier, on a vu le gouvernement prêter serment non pas «devant le président de la République et en présence de la Cour constitutionnelle» mais plutôt «devant la Cour constitutionnelle et en présence du président de la République». Que ce soit dans le décorum, la répartition des rôles ou la préséance, tout attestait bien de ce que c’était la présidente de la Cour constitutionnelle qui présidait la séance en lieu et place du président de la République. Et que dire de la présence de la Présidente de la Cour Constitutionnelle à l’audience que le Chef de l’exécutif a accordée, le 25 de ce mois, à la Présidence de la République, au Premier ministre et aux présidents des deux chambres du Parlement. Au-delà de l’évidente connivence institutionnelle, cette audience est la manifestation de la négation du principe de séparation des pouvoirs et de l’omnipotence de la présidente de la Cour constitutionnelle. On peut se demander ce qui justifie sa présence à cette rencontre. Pourquoi la présidente de la
Libreville, le 28 février 2019 la Cour constitutionnelle et pas le vice-président de la République, les présidents de la Cour de cassation, du Conseil d’État, de la Cour des comptes ou du Conseil économique, social et environnementale (CESE) ?

Si certains ont pu parler de régence, nous y voyons une imposture manifeste. Lorsqu’une autorité se drape des oripeaux

d’une autre ou exerce les charges dévolues à une autre, cela porte un nom : imposture. Quand une personnalité s’accapare

le pouvoir suprême, en violation de la loi, cela porte un nom : coup d’État.

Le 07 janvier 2019, un commando dirigé par Kelly ONDO OBIANG prenait la radio nationale et appelait le peuple au

soulèvement. Au grand étonnement du peuple gabonais et même des amis de notre pays, ce que le pouvoir présentait alors comme une tentative de coup d’État ne suscita aucune réaction de la part d’Ali Bongo, pourtant concerné au premier chef en sa double qualité de détenteur du pouvoir suprême et de chef suprême des armées.

A partir de ce moment, la religion de l’opinion publique était faite, et la nôtre aussi : Ali BONGO n’est plus en capacité de diriger le pays.

Depuis le 04 décembre dernier, le pouvoir a choisi de communiquer à travers des vidéos, les unes toujours plus

controversées que les autres. Depuis le début de ce mois de février, il a entrepris de diffuser des décrets et arrêtés censés être signés d’Ali Bongo et datés de l’année en cours. De l’enfumage par le montage vidéo nous sommes passés à la mystification par la signature.

Au plan économique et social, les conséquences de cette crise ne peuvent plus être ignorées.

Qui dirige le Gabon ?

Au Gabon comme à l’étranger, chacun se pose cette question sans pouvoir y apporter une réponse conforme à la

Constitution. Le désordre s’est installé au sommet de l’État, ruinant les minces et fragiles acquis de l’État de droit, de la Démocratie et des droits de l’Homme.

Au nom de quoi le peuple gabonais doit-il continuer à subir des choix opérés par d’autres loin de ses terres et contre ses intérêts ? Comment des Gabonais peuvent-ils accepter d’accompagner et de couvrir ce qui, aux yeux du monde, est devenu l’arnaque politique du siècle ?

Nous n’avons pas le droit de laisser s’installer plus longtemps cette situation. Parce que nous refusons d’être, par notre

silence et notre inaction, les complices de cette imposture, nous lançons cette initiative qui vise, non pas à opposer les

Gabonais, mais à rassembler sans exclusive tous les citoyens qui ont à cœur de sauver notre pays du péril qui le menace.

Nous lançons un appel à agir. Agir pour notre pays, pour sa survie et pour les générations futures.

Qui sommes-nous pour lancer cet appel ?

Nous sommes Placide AUBIANG NZEH ; Noël Bertrand BOUNDZANGA ; Elza Ritchuelle BOUKANDOU ; Franck NDJIMBI ; Nicolas NGUÉMA ; Jean Gaspard NTOUTOUME AYI ; Anges Kevin NZIGOU ; Marc ONA ESSANGUI ; Edgard OWONO ; et Maxime Minault ZIMA EBEYARD.

Nous sommes des citoyens libres, conscients et responsables. Nous venons d’horizons divers, de partis politiques et de la

société civile. Nous sommes des enfants de la République, éduqués et formés avec l’argent public. C’est l’école de la

République qui nous enseigné que le Gabon ne se construira que dans l’union de ses fils, sans exclusive, le culte du travail

et l’amour de la justice. C’est à l’école de la République qu’on nous a enseigné les valeurs d’union, de travail et de justice

qui fondent notre démarche de ce jour. Nous sommes convaincus que la politique, comme la gestion d’un État, ne se

ramène pas à la protection d’intérêts égoïstes. Nous sommes certains que la grandeur d’un homme réside dans sa capacité
à se mettre au service de l’intérêt général.

Enfants de la République, nous devons défendre le bien commun. Nous le disons en pensant à nos congénères et collègues des lycées d’État et lycées techniques de tout le pays, du Lycée national Léon Mba, de l’Institut de l’Immaculée Conception, adu Collège Bessieux, de l’Université Omar Bongo ou de l’Université des sciences et techniques de Masuku -(USTM). Nous leur demandons si ce Gabon qui se dessine sous nos yeux est celui où nous avons grandi et que nous souhaitons pour les générations futures. Nous leur demandons si cet État qui dresse ses enfants les uns contre les autres peut accoucher d’une nation unie et généreuse. Nous leur demandons si cette République otage de quelques-uns peut favoriser
A qui s’adresse cet appel à agir ?
A toutes les Gabonaises et à tous es Gabonais, où qu’ils se trouvent et quels qu’ils soient. Au-delà de nos religions et
croyances, de nos métiers et fonctions, de nos engagements partisans ou sociétaux, nous sommes tous citoyens et cela
nous oblige. Notre appel s’adresse en particulier à ceux qui ont la charge de la gestion de l’État. Nous les invitons, une ultime fois, à se plier à l’autorité de la loi. Notre pays est régi par une Constitution avec toutes les limites que nous lui connaissons. Nous devons la respecter et nous y soumettre. Notre appel s’adresse aussi à tous les compatriotes qui sont en situation de protéger notre pays contre des troubles de tous
ordres. Notre appels’adresse, enfin, à tous les amis du Gabon.
Nous devons agir pour libérer le Gabon. Dans les jours et les semaines à venir, nous irons à la rencontre de tous. Nous irons à la rencontre des responsables
d’institutions. Nous irons rencontrer les représentations diplomatiques accréditées au Gabon. Nous irons rencontrer les
responsables des formations politiques, de l’opposition comme de la majorité, y compris le Parti démocratique gabonais
(PDG). Nous irons rencontrer les responsables des différentes confessions religieuses pour en appeler à leur responsabilité
citoyenne. Nous irons à la rencontre des syndicats et de la société civile. Nous irons à la rencontre de nos compatriotes dans les différents quartiers de Libreville ainsi qu’à l’intérieur du pays. D’ici au 31 mars, nous vous informerons régulièrement des résultats de nos rencontres. Nous vous le dirons sans tabous et en toute franchise. D’ici au 31 mars, chacun de vous, chacun de nous doit, comme pour paraphraser John Fitzgerald Kennedy, « se demander non pas ce que les autres peuvent faire pour lui ou pour le Gabon mais ce qu’il peut faire pour le Gabon ».

Dimanche 31 mars, si rien n’est entrepris pour mettre un terme à cette imposture, à Libreville comme dans les 9 provinces de notre pays, nous devrons agir, individuellement ou collectivement, pacifiquement et pour exiger que soit mis fin à l’imposture en cours.
Parce que nous n’avons d’autre rêve que celui de voir le Gabon s’ériger en modèle africain de démocratie et de développement, nous militons pour l’État de droit, la transparence et la responsabilité dans la vie publique.

Nous n’avons pas prétention au monopole du patriotisme. Nous disons simplement les manipulations de la Constitution
sont le terreau de l’anarchie et du chaos ; que la démocratie ne se construit pas par les tripatouillages de la Constitution ; que l’État de droit est un État où la loi s’impose à tous; que la transparence est un gage de sincérité des décideurs et que la responsabilité conduit chacun à agir en conscience.
Nous demandons que cessent les manœuvres actuelles et que les dispositions légales soient appliquées. Au nom de quel
intérêt vital de notre peuple et de notre nation, accepte-t-on ces allers et venues entre Libreville et Rabat chèrement payés
par le contribuable ?

Parce que personne ne peut y apporter une réponse claire, argumentée et cohérente, que l’article 13 de la Constitution soit appliqué. C’est cet objectif qui nous préoccupe. Et c’est à cela que nous allons nous atteler. Il est temps que chacun de nous ouvre les yeux, se ressaisisse et se mette en mouvement. Il y va de notre avenir à tous et de celui
de nos enfants.

Afin que nul n’en ignore, notre démarche est républicaine et non violente. Nous appelons à la mobilisation des énergies et à
la libération des intelligences. Retrouvons-nous entre amis, entre voisins ou entre collègues pour échanger sur la situation
de notre pays. Ayons peur, mais surmontons cette peur.
Surmontons notre peur car le pays a besoin de chacun pour faire échec à cette imposture qui compromet notre avenir à
tous. Surmontons notre peur pour offrir à notre pays et à sa jeunesse la renaissance dont ils ont tant besoin. Surmontons
notre peur afin que chaque enfant de notre pays puisse s’instruire au mieux de son potentiel, que chaque jeune puisse se réaliser au mieux de son talent, que chaque mère puisse voir grandir ses enfants sans craindre pour leur avenir. Surmontons notre peur afin que notre vivre ensemble puisse retrouver tout son sens, afin que nous retrouvions cette confiance qui nous manque tant et sans laquelle rien n’est possible. Oui, chers compatriotes, ayons peur, mais allons au-delà de nous-mêmes pour nous hisser au rang des grands peuples de ce monde. Au nom de tous les amis ici présents, je vous remercie.