Libre propos:   (Fidèle Magouangou, Docteur Nouveau Régime  en Sciences Economiques)

Depuis toujours, les économistes se sont interrogés sur l’origine des richesses dans une économie à l’instar d’Adam Smith (1776). Dorénavant, les responsables politiques recherchent à tout prix une croissance économique inclusive et durable à l’aide des politiques économiques appropriées (industrielle, commerciale, budgétaire, monétaire, environnementale…). 

Pour une économie dans l’enfance comme celle du Gabon, la principale préoccupation est celle de la création d’une capacité de production nationale permettant de produire l’essentiel des biens et service consommés par les résidents.

Pour atteindre un tel objectif, quel peut être le rôle assigné à la politique monétaire en général et du Franc CFA en particulier ? 

Les politique monétaire et de change actuelles sont elles de nature à favoriser le développement des activités réelles de production au Gabon ?

C’est en cherchant à répondre à cette question que l’on peut réfléchir sur l’avenir du FCFA selon qu’il favorise ou non l’atteinte de l’objectif recherché.

L’ambition de cette analyse est de démontrer, en s’appuyant sur les enseignements de la théorie économique et des expériences d’autres pays, que la création d’une monnaie nationale est l’option la plus indiquée pour développer une économie de production. Le FCFA doit être immédiatement abandonné et le projet de la monnaie commune Cemac écarté.

 

 

  • L’abandon du Franc CFA

 

Abandonner le Franc cfa est désormais une option attractive pour certains économistes (Kako Nubupko, Yacouba Fessassi…) et responsables politiques africains(le Président Idriss Deby). 

Plusieurs raisons sont évoquées pour abandonner le FCFA :

 

  1. Le Franc CFA est surévalué : 

« Le Fonds monétaire international, qui a des experts chevronnés et impartiaux, a ainsi calculé que l’euro est en réalité sous-évalué d’environ 18% pour l’Allemagne et qu’il est au contraire surévalué de 6,8% pour la France. Ces chiffres figurent dans l’étude annuelle du FMI intitulée «External Sector Report, 2017». (Extrait du Figaro économie du 28 juillet 2017)

Le Franc CFA est surévalué selon le ministre ivoirien du Commerce et l’artisanat, Jean-Louis Billon, qui s’exprimait  le 26 septembre 2014, lors d’une rencontre avec la presse. « Indexé à l’euro, le franc CFA est trop fort. Il faut donc une flexibilité ». Et de tempérer : «Comme toute monnaie, le franc CFA est perfectible … «Au final, nous avons un Euro tropical qui s’appelle le Franc CFA qui est plus cher que toutes les monnaies que l’on peut acquérir ailleurs».

L’euro étant considéré comme une monnaie forte, sa parité fixe avec le Franc cfa fait que celui-ci est surévalué. Cette surévaluation correspond à une subvention aux importations qui désavantage toute production locale. En effet, une monnaie forte rend les produits importés plus compétitifs face aux productions locales. Par ailleurs, une monnaie de ce type est défavorable aux exportations et peut être à l’origine de perte de parts de marché suite à une baisse de la compétitivité prix des produits exportés. La conséquence automatique est la survenance d’un déficit des échanges extérieurs. Lorsque ce dernier persiste, les réserves de change des pays de la Zone Franc peuvent diminuer.  

 

BALANCE DES OPERATIONS COURANTES DU GABON EN 2015 (en milliards de FCFA)
 
Recettes Dépenses Solde
Biens (marchandises)

     Dont pétrole

  3 023, 8 1 875, 7 1 148,2
    Dont produits alimentaires

Services

  164, 0 370.1

1 110.7

-946, 6
Revenus des facteurs (travail et capital)   65,7 127, 4 -61, 7
Transferts courants (cot. internationales, APD, envois des fonds des travailleurs immigrés) 53,8 110, 3 -56, 4
Balance  courante 3 307, 5   3 224,1   83,4

Source : BEAC

La balance des opérations courantes nous renseigne, en partie, sur la variation des réserves de change. Plus le solde est positif et plus il ya accumulation de celles-ci. Dans notre cas ici, elles augmentent de 83,4 milliards de FCFA si on fait abstraction des mouvements des capitaux.

Le solde des opérations sur les biens représente la balance commerciale qui est structurellement excédentaire alors que les balances des services, revenus et transferts courants sont déficitaires. Ces dernières pèsent donc négativement sur les réserves de change en annulant l’avantage commercial dû essentiellement aux exportations de pétrole. En réalité ces dernières masquent une faiblesse de la production locale. Il faut remarquer qu’en 2015 les importations des produits alimentaires s’élèvent à plus de 370 milliards de FCFA.

BALANCE DES SERVICES EN 2015 (en milliards de FCFA)
Recettes    Dépenses   Solde
               
Fret et Assurance des marchandises 4.7 324. 3 -319.6
         
Autres transports   4.8 68.6 -63.8
         
Voyages   14.9 137. 4 -122.5
         
Autres assurances   1.8 12. 8 -11.0
         
Services de communication 1.3 7.6 -6.3
         
Autres services aux entreprises 134. 1 539.3 -405.2
 (informatiques, comptabilité, architecture…)        
Services privés n. c. a 0.008 10.5 -10.5
         
Services fournis ou reçus par les AP 2.4 10.2 -7. 8
Balance  des services 164.0   1 110.7   -946.6

 

L’origine de l’érosion de l’excédent commercial provient principalement des postes Autres services aux entreprises, frets et assurance des marchandises et voyages. Il apparaît clairement que le cfa fort défavorise les activités locales dans les domaines des services aux entreprises.

 

  1. Le Taux de liquidité est très faible : Le coût de la stabilité monétaire est trop élevé pour le développement économique des pays membres de la Zone Franc. L’obsession de la maîtrise de l’inflation a conduit la BEAC et la BCEAO à adopter des politiques monétaires restrictives qui ne donnent pas suffisamment de liquidité aux économies pour soutenir le développement de l’économie réelle. En France, par exemple, le ratio Masse monétaire/PIB est au dessus de 100%, aux USA il est de 300% alors que dans les pays de la Zone Franc il est en moyenne de 23 %. Au Gabon ce taux est en moyenne de 23%. Les économies des PAZF fonctionnent comme des économie de troc sans politique de crédit volontariste.

 

  1. La garantie de la convertibilité illimitée est virtuelle : La garantie de la convertibilité illimitée du FCFA assurée par la France est un jeu de dupes (pile je gagne, face tu perds).

Lorsque les réserves de changes sont en abondance le FCFA n’est pas réévalué mais quand elles diminuent le gouvernement francais décide de la dévaluation pour ne pas faire appel à la garantie. 

En 1945 le taux de change entre le Franc Français(FF) et le Franc CFA était de 1 FCFA = 1.70 FF. En 1948 le FCFA a été réévalué et le taux de change est passé à 1 FCFA = 2 FF. En 1960, il y a eut une dévaluation du FCFA qui valait désormais 0.02 FF (1 FCFA = 0.02 FF). En 1994, le FCFA a été à nouveau dévalué (1 FCFA = 0.01 FF) et en janvier 1999, il est arrimé à l’euro au taux de change de 1 euro = 655.957 FCFA.

En résumé, de 1945 à nos jours, soit 74 ans, le FCFA n’a été réévalué qu’une fois,  bien que pendant toute la de 1960 au début des années 90, les réserves de change étaient abondantes. Si le principe selon lequel le niveau du taux de change dépend de celui des réserves de change, il aurait fallu alors dévaluer quand celui-ci était très bas voire négatif et réévalué quand il était très haut. Ce qui n’a pas été le cas.

Par ailleurs les grandes décisions concernant le FCFA (réévaluation et dévaluation) sont prises par les autorités françaises avec ou sans le consentement des pays concernés. 

Néanmoins, tous les développements présentés ci-dessus ne doivent pas nous faire oublier que le FCFA a permis une stabilité financière et une maitrise de l’inflation. Toutes choses qui sont favorables au développement économique. Mais il apparait clairement que ces avantages ne compensent pas les coûts.

 

 

  • Le refus de la monnaie unique de la CEMAC

 

La Convention de coopération monétaire entre les Etats membres, signé à Brazzaville en novembre 1972 , indique dans son article 1 : « Les Etats signataires (ci-dessous dénommés Etats membres), tout en se réservant le droit de décider en toute souveraineté de l’émission d’une monnaie nationale et de la création d’un institut d’émission propre, conviennent de poursuivre entre eux une coopération organique dans le domaine monétaire et de créer à cet effet un Institut d’émission commun dénommé Banque des Etats de l’Afrique Centrale (B.E.A.C) ». Cela signifie que les Etats membres de la CEMAC n’ont jamais écarté la possibilité pour un pays de créer sa propre monnaie s’il le juge nécessaire.

Mais pour faire ce choix il faut au préalable démontrer que l’option d’une monnaie Cemac, après l’abandon du franc CFA, est inappropriée dans le contexte actuel marqué par une érosion progressive des réserves des changes (souvent exprimés « en mois d’importations »).

 

II.1. Les préalables de la théorie des zones monétaires optimales ne sont pas remplis par les économies des pays membres de la Cemac

 

  • Les préalables de Mundell

 

Les économistes ont compris depuis Robert Mundell(1961) avec « la théorie des zones monétaires optimales », puis Ronald McKinnon (1963) et Peter Kenen(1969), qu’il pouvait être mutuellement bénéfique pour deux ou plusieurs pays de partager en commun une monnaie. Mais pour que cela soit possible il faut que :

  • les pays soient intégrés économiquement (interdépendants) ;

leurs économies ne réagissent pas trop différemment aux chocs économiques surtout lorsqu’ils sont asymétriques ;

  • Il y a des mécanismes aptes à remédier aux divergences existantes ou pouvant apparaitre (les migrations en réponse à des écarts de salaires par exemple).

Les économies des pays de la Cemac ne remplissent aucune des conditions énumérées ci-dessus.

Le commerce intra-cemac est très faible, les politiques économiques ne sont pas réellement coordonnées et la  libre circulation des personnes peine à être opérationnelle. De la même manière la diversification des économies est restée au stade de vœux pieux et les critères de convergence sont difficilement respectés voire pas du tout. 

 

  1. L’analyse couts – bénéfices

En plus desdits préalables, il faut faire une analyse coûts- avantages de la monnaie unique.

Les avantages reconnus portent essentiellement sur le fait que la monnaie unique favorise les échanges de biens et de capitaux par la forte réduction des coûts de transactions, notamment liés au risque de change entre les monnaies

ECHANGES GABON CEMAC en 2015 (en milliards de FCFA)
RECETTES % TOT DEPENSES % TOT SOLDE
PAYS DE LA CEMAC 54 1,4 141,6 3,3 -87,6
Cameroun   26,2 0,7 118,3 2,8 -92,1
Centrafrique 1,8 0,05 0,2 0,005 1,6
Congo   10,7 0,3 16,9 0,4 -6,2
Guinée Equatoriale 12,6 0,32 2,4 0,06 10,2
Tchad   2,7 0,07 3,8 0,09 -1,1
   
AUTRES PAYS 3 944 98,6 4 104 96,7 – 160
  dont Union Européenne 1 573 39,3 2 237 52,7 –  665
TOTAL   3 998 100 4 246 100 –  248

 

Les données figurant dans le tableau ci-dessus indiquent clairement que la monnaie unique n’a pas permis le développement des échanges intra-zone. Ce niveau des échanges ne dépassent pas 3% alors qu’il est à plus de 60% dans l’Union Européenne.

Il n’y a aucune raison pour que la nouvelle monnaie communautaire envisagée donne des résultats différents.

Les pays appartenant à une zone monétaire peuvent également tirer profit des économies d’échelle liées à l’existence d’un marché élargi (amortissement des coûts fixes et amélioration de la compétitivité).

 Mais là aussi les choses ne vont pas dans le bon sens car la libre circulation des biens n’est pas garantie. Malgré l’adoption d’un Tarif Extérieur Commun, les droits de douane sont toujours appliqués sur les produits Cemac lorsqu’ils traversent les différentes frontières des pays membres. Cette situation est due au fait que la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) ne joue pas pleinement son rôle, notamment dans son volet compensation de perte des recettes douanières pour les pays enclavés. 

Les coûts de la monnaie unique, quant à eux, proviennent de l’abandon d’autonomie de la politique monétaire qui devient commune. Les marges de manœuvre sont significativement réduites pour répondre à des chocs économiques. Prenons l’exemple du Gabon et de la Centrafrique qui partagent en commun le FCFA. Quelle doit être la politique monétaire de la BEAC si les cours du pétrole augmentent significativement ? Il s’agit ici d’un choc économique asymétrique puisqu’il touche différemment les deux économies. Pour le Gabon, producteur de pétrole, c’est un choc positif caractérisé par une entrée massive des devises étrangères. Pour la Centrafrique, qui ne produit pas le pétrole, c’est un choc négatif qui peut être à l’origine d’une récession. Normalement la BEAC devrait augmenter le taux d’intérêts au Gabon pour éviter une surchauffe et le diminuer en Centrafrique pour relancer l’activité économique à travers une augmentation de la demande finale. Mais la Banque Centrale ne peut pas baisser et augmenter le taux d’intérêt directeur en même temps ! La politique monétaire de la BEAC est alors dans l’impasse. Cet exemple montre toutes les difficultés qu’il a lorsqu’il faut gérer une monnaie commune. 

De façon générale, plus les pays ont des structures économiques différentes, plus ils feront face à des chocs asymétriques et plus il leur sera couteux d’appartenir à une zone monétaire commune. 

Des solutions alternatives à la politique monétaire existent quand il faut amortir les effets d’un choc asymétrique négatif par exemple. Il s’agit du déplacement de la main d’œuvre et du fédéralisme budgétaire par le biais d’une redistribution à l’échelle de la zone (système de transfert fiscaux).

Au total, les pays membres de la Cemac ne bénéficieront pas des avantages  à priori que sont le développement des échanges intra-zone et l’élargissement du marchés. Dans le premier cas les échanges sont trop faibles et dans le second l’existence des barrières tarifaires empêche la libre circulation des produits. Par contre, ils subiront de plein fouet les conséquences de l’abandon de la politique monétaire.

 

    II.2. L’expérience de l’euro n’est pas rassurante 

 

« Une même monnaie, mais des économies nationales fort différentes. Alors que la France a accusé un déficit extérieur de ses paiements courants de 19 milliards d’euros en 2016, l’Allemagne a enregistré la même année un excédent de 261 milliards d’euros. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la monnaie unique n’est adaptée ni à l’une ni à l’autre, comme si on voulait faire passer le même costume à «Passe- Partout» , le nain le plus célèbre de France, et au basketteur Tony Parker ».

Depuis la crise des subprimes en 2008, les économies de la zone euro ont eu beaucoup plus de mal à sortir celle-ci que les autres pays industrialisés. Beaucoup ont attribué la responsabilité de cette situation à la monnaie unique. 

De plus, en 2012, la crise financière mondiale s’est muée en crise de l’euro. Le Pib réel par habitant a baissé de 2% entre 2007 et 2015, le taux de chômage moyen a dépassé 10% depuis 2009 et avoisine 20% pour les jeunes (J.E Stiglitz, 2016), remettant ainsi en cause les ambitions de la prospérité de ses pères fondateurs. 

 

Taux de croissance réelle du PIB

Zone Euro (Allemagne, France et Portugal)

Zone Hors Euro (Suède, Norvège et Danemark)

Source : statistiques OCDE, calculs auteur.

 

Dette pays

Source : statistiques OCDE, calculs auteur.

 

Déficit public

Source : statistiques OCDE, calculs auteur.

Inflation

Source : statistiques OCDE, calculs auteur.

Cette crise s’est manifestée essentiellement à travers la crise de la dette souveraine de la Grèce est s’est transmise à d’autres pays d’Europe du sud. Les spéculations, la spirale de la hausse des taux d’intérêt et la dégradation des notations sur les dettes souveraines ont déstabilisé le Portugal, l’Espagne voire l’Irlande et menaçaient de s’étendre à d’autres pays de la Zone euro.

L’euro a ainsi montré ses faiblesses aux yeux du monde entier :

  1. Une politique monétaire commune avec une Banque Centrale Européenne (BCE) qui se contente de lutter contre l’inflation (stabilité monétaire). Pour rappel la Fed se préoccupe aussi de l’inflation mais également de la croissance, de l’emploi et de la stabilité financière ;
  2. Une absence de politique budgétaire, économique ou fiscale commune ;
  3. Absence de spécificité de la Zone euro dans le fonctionnement général de l’Union Européenne (UE). Malgré l’existence d’une zone euro, il n’y a pas de coordination entre les pays et il n’existe pas de solidarité entre les Etats.

Finalement, en cherchant à faire converger les économies, on a renforcé la divergence des économies et on a favorisé la création de deux Europe ; l’une du nord et l’autre du sud. 

Cette divergence des performances indique que l’appartenance à la zone euro ne se justifie pas pour l’ensemble de ces pays. En effet, les pays du nord devraient avoir une monnaie qui s’apprécie (taux d’intérêts élevés)  pour diminuer leurs exportations et ceux du sud, une monnaie qui se déprécie (taux d’intérêts bas) pour décourager leurs importations. La monnaie unique ne le permet pas et la politique monétaire commune est dans l’impasse.

 

Les taux de chômage qui avaient commencer à converger ont divergé depuis la crise financière internationale de 2008 mettant ainsi à nu les faiblesses de l’architecture de l’euro qui n’a prévu des mécanismes de compensation. Récemment, les responsables européens ont engagé une réflexion sur la création d’un dispositif de réassurance maladie.  

 

Mais plus encore, une monnaie unique c’est un taux de change fixe entre les pays et un taux d’intérêt unique. Il est primordiale de prévoir un ensemble d’institutions capables d’aider les pays pour lesquels les politiques suivies sont inadaptées (Stiglitz, 2016). Ces institutions, l’Europe ne les a pas créées. On parle alors de l’incomplétude de l’euro (architecture de l’union monétaire).  

 

II.3. Les pays de la SADC ont mieux réussi l’intégration sans monnaie              commune

 

PAYS MEMBRES DE LA SADC ET LEURS MONNAIES

 

PAYS MONNAIE
1 Afrique du Sud Rand
2 Angola Kwandza
3 Botswana Pula
4 Congo Démocratique Franc Congolais
5 Lesotho Loti
6 Malawi Kwacha
7 Maurice Roupie mauricienne
8 Mozambique Metical
9 Namibie Rand
10 Swaziland Lilangeni
11 Tanzanie Shilling
12 Zambie Kwacha
13 Zimbabwe Dollar du Zimbabwe
14 Seychelles Roupie des Seychelles

 

Il faut noter ici que chaque pays a sa monnaie sans pour autant que cela soit un obstacle au développement des échanges intra- SADC.

 

IMPORTATIONS INTRA-ZONE DE LA SADC (2012 -2016)

Pays membres 2012 2013 2014 2015 2016
Angola 6.8 8.1 5.0 4.9 5.9
Botswana 69.8 77.2 76.2 79.9 78.1
République Démocratique du Congo 32.8 43.6 44.3 42.6 44.5
Lesotho 63.3 74.8 72.9 62.9 62.9
Madagascar 9.8 9.2 8.4 10.0 9.1
Malawi 23.7 22.4 39.7 30.6 18.7
Mauritanie 8.4 8.6 8.7 9.9 11.4
Mozambique 30.0 35.1 33.4 31.9 33.5
Namibie 74.5 69.6 62.2 72.0 69.1
Seychelles 7.3 6.0 6.0 12.4 14.3
Afrique du Sud 7.1 6.5 6.2 7.1 7.0
Swaziland 89.9 90.4 88.2 81.1 81.5
Tanzanie 22.0 17.6 6.3 5.8 6.5
Zambie 53.9 50.2 52.9 52.1 57.0
Zimbabwe 49.7 53.1 41.9 42.4 52.2
Moyenne SADC 19.7 20.9 19.5 20.4 21.2

Source : Statistiques de la SADC

 

Les importations intra- SADC ont augmenté progressivement entre 2012 et 2016 et atteignent 21% en 2016.

 

EXPORTATIONS INTRA-ZONE DE LA SADC (2012 -2016)

Pays membres 2012 2013 2014 2015 2016
Angola 4.2 2.6 3.3 4.1 6.1
Botswana 18.1 29.9 25.3 29.1 26.5
République Démocratique du Congo 73.6 68.3 81.4 43.2 53.5
Lesotho 33.9 32.4 24.9 18.4 17.9
Madagascar 5.1 6.7 6.2 5.7 6.7
Malawi 11.3 14.6 25.8 20.3 13.8
Mauritanie 16.0 13.6 13.0 15.7 16.1
Mozambique 25.3 28.0 28.5 25.7 27.9
Namibie 38.9 50.2 43.5 54.4 41.5
Seychelles 1.4 1.1 0.7 0.5 0.2
Afrique du Sud 22.5 23.3 24.3 23.3 24.8
Swaziland 80.1 74.1 74.4 81.5 93.9
Tanzanie 27.0 24.7 18.6 17.0 17.8
Zambie 29.7 29.5 21.4 23.0 20.6
Zimbabwe 80.6 90.4 72.4 68.5 92.9
Moyenne SADC 20.0 21.0 22.6 22.8 24.9

Source : Statistiques de la SADC

Les exportations entre pays de la zone SADC atteignent des niveaux plus élevés que les importations.

Au total nous constatons que le niveau d’intégration économique n’est pas forcement lié à l’appartenance à une même zone monétaire. Il n’est donc pas nécessaire que les pays de la CEMAC aient la même monnaie pour poursuivre leur intégration économique.

 

 

 

  • La création de la monnaie nationale

 

 

L’incapacité du FCFA à fournir suffisamment de liquidités à l’économie pour contribuer au développement d’une capacité de production domestique et les perspectives négatives pressenties avec la monnaie commune Cemac au vu du casse-tête dans lequel se trouve la Zone Euro dont la survie reste incertaine (J.E. Stiglitz, 2016) nous conduit à envisager la création d’une monnaie nationale (le Dole, le Miang, le Gabao…). 

La création d’une monnaie nationale facilite le pilotage de l’économie vers la prospérité. C’est uniquement dans ce contexte que les responsables politiques disposent en même temps de la politique budgétaire et de la politique monétaire. Cela leur donne la possibilité de faire un policy mix ; c’est-à-dire une combinaison des deux politiques pour avoir un maximum d’effets sur le taux d’intérêt, la masse monétaire, le solde des échanges extérieurs, le déficit budgétaire, la croissance économique et l’emploi(ou le chômage).

La nouvelle politique monétaire vise deux objectifs principaux : la stabilité des prix et la stimulation de l’activité économique. Cette dernière sera obtenue par la fourniture suffisante de liquidités à l’économie. La Banque Centrale du Gabon (BCG) appliquera une monétaire accommodante et non une politique restrictive comme c’est le cas actuellement avec la BEAC. Elle va s’organiser pour ne pas restreindre le volume du crédit et appliquer des taux d’intérêts relativement bas pour diminuer le coût de celui-ci et assurer la compétitivité externe de l’économie.  

Pour favoriser le développement du crédit il est nécessaire que le Gouvernement crée un  Fonds de Garantie pour limiter son rationnement. Il peut aussi être envisagé de créer une Société de Capital Risque pour limiter la mortalité dans l’enfance des PME/PMI.

Les crédits pourraient être orientés vers les secteurs prioritaires choisis par le Gouvernement. On pense naturellement à :

  • L’agriculture, l’élevage, la  pisciculture et la pèche ;
  • L’industrie du bois ;
  • L’énergie ;
  • Les infrastructures, surtout le numérique ;
  • Le tourisme…

La monnaie nationale gabonaise (le dolè, le miang, le moni, le gabao, le dolo, l’adoro, le tsika…) sera arrimée à un panier  trois devises principales (l’euro, le yuan et le dollar américain) avec des parités ajustables. Le choix de ce trio de devises est conforme au classement de nos partenaires commerciaux par ordre d’importance.

Durant les premières années de son existence, un contrôle de change sera instauré pour surveiller les mouvements de capitaux  et des licences d’importations seront attribuées, selon des modalités à déterminer, afin de maîtriser le niveau de nos importations.

La politique de change sera gérée de façon à éviter la surévaluation de la monnaie nationale pour favoriser les exportations hors pétrole garantes d’un renforcement de nos réserves de change.

 

Conclusion

 La stratégie économique d’un pays comme le Gabon doit viser  la transformation de sa structure économique pour la faire passer d’une économie de rente à une économie de production. Il faut développer les capacités à produire les biens et services consommés localement. Les secteurs qui produisent lesdits biens et services doivent bénéficier de crédits importants.

Le succès de la nouvelle politique monétaire nationale que nous appelons de nos vœux dépend des conditions suivantes :

  1. L’existence d’un Etat, fort capable d’assurer la protection de ses frontières terrestres, aériennes et maritime  et de créer un système de renseignement à mesure d’assurer la sécurité intérieure du pays ;
  2. Un système judiciaire complet et intègre ;
  3. Une Banque Centrale indépendante pour éviter les interventions politiques dans la conduite de la politique monétaire ;
  4. Un Gouvernement de la banque constitué sur la base de personnes ayant un minimum de culture économique et sélectionnées selon des procédures orthodoxes conformes aux meilleurs pratiques internationales.

Le choix de la monnaie gabonaise est la meilleure option pour favoriser la création d’une capacité de production nationale et avoir une liberté dans la gestion de la politique monétaire. Le choix du statut quo avec le FCFA n’est plus soutenable dès lors qu’on a pris conscience que les principales décisions le concernant sont prises en France ou au siège de la BCE à Francfort. La gestion d’une monnaie commune est très compliquée surtout quand il y a des chocs économiques asymétriques, comme nous l’avons démontré plus haut avec l’exemple du Gabon et de la Centrafrique..

De toute façon, compte tenu des rapports de forces qui ne nous sont pas favorables dans les relations internationales, même s’il n’est pas possible, pour le moment, d’être indépendant sur le plan militaire et du renseignement, les PAZF peuvent imaginer des stratégies politiques intelligentes pour sortir définitivement de la servitude monétaire et écrire ainsi une nouvelle page de leur souveraineté monétaire. C’est possible !

 

Bibliographie Indicative

 

  1. Joseph E. Stiglitz (2016) : » L’Euro : Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’euro », ed. LLL
  2. André Caîneau (2017) : «  Mécanismes et politiques monétaire », ed. PUF.
  3. Olivier Blanchard et Daniel Cohen (2002) : « Macroéconomie », ed. Pearson Education.
  4. A. Benassy-Quéré, B. Cœuré, P. Jacquet et J. Pisani-Ferry (2017) : « Politique économique », ed. Deboeck superieur.
  5. Etudes économiques de l’OCDE (2018) : « la Zone euro », www.oecd.org
  6. Agnès Benassy-Quéré (2015) : « Economie monétaire internationale », ed. Economica.
  7. Edouard Calle (2016) : « Fluctuations et politiques macroéconomiques », ed. Economica.
  8. Sylviane Guillaumont Jeanenneney (2015) : Régimes de change et développement en Afrique », ed. Economica.
  9. K. Nubupko, M. Ze Belinga B. Tinel, Demba Moussa (2017) : “Sortir l’Afrique de la servitude monétaire, A qui profite le FCFA ? ed. la dispute.
  10. Philippe Hugon (1999) : « La Zone Franc à l’heure de l’euro », ed. Karthala.
  11. Fidèle Magouangou (2018) : « Le FCFA est-il un cimetière d’illusions ?, Gabonreview 

 

Fidèle Magouangou, Docteur Nouveau Régime  en Sciences Economiques)